LA POLITIQUE
PORTUAIRE FRANCAISE
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PREMIERE PARTIE
LES OBJECTIFS ET LES MOYENS DE LETAT
EN MATIERE PORTUAIRE
Selon les époques, les enjeux stratégiques et
économiques ont conduit lEtat à sengager plus ou moins activement dans
léquipement et la gestion des ports maritimes.
Le Havre est ainsi fondé par François Ier en 1517 à
la fois comme base navale et comme port de commerce. Plus tard, Richelieu contribue à
créer une puissante flotte de guerre et de commerce. De nombreux ports sont fondés ou
développés sous Colbert, secrétaire dEtat à la marine, en vue de défendre les
côtes : Bayonne, Bordeaux, Brest, Calais, Cherbourg, Le Havre, Nantes, Rochefort et
surtout Dunkerque, qui fait lobjet des travaux les plus considérables. Les ports
relèvent alors des villes et des corporations, hormis la signalisation et
lentretien des profondeurs deau. Cest aussi sur la fonction militaire
des ports que le premier Empire se concentre, en favorisant Boulogne, Brest, Dieppe,
Dunkerque, Le Havre, et surtout Anvers, dont lessor date de cette époque, ainsi que
Cherbourg.
Le dix-neuvième siècle représente un tournant dans
lhistoire portuaire, avec le développement propre des ports de commerce. La
révolution introduite par la navigation à vapeur, le chemin de fer (ligne Paris-le Havre
ouverte en 1847, Paris-Dunkerque en 1848) et louverture du canal de Suez en 1869
puis celle du canal de Panama en 1914, permettent un développement considérable du
trafic maritime. Dimportants travaux sont entrepris : construction du bassin
Napoléon à Marseille, aménagement des ports de Saint Nazaire et de Donges et
endiguement de la Seine. Signe dun intérêt certain pour les ports, la charge des
travaux portuaires est attribuée à lEtat par la Restauration. Pourtant, le
programme de travaux publics du ministre des travaux publics, Charles de Freycinet,
approuvé en 1878, ne comporte encore quun volet maritime restreint. De même, le
programme Baudin, du nom du ministre des travaux publics, adopté en 1903, est plutôt
axé sur les voies navigables. De sorte quun important retard dans
léquipement portuaire est accumulé, qui conduit lEtat, dans les années
1900, à autoriser les chambres de commerce à intervenir sur le domaine public maritime
pour y construire les équipements nécessaires.
Au cours de la première moitié du vingtième siècle,
le trafic des ports progresse grâce aux échanges avec les colonies, profitant
principalement à Marseille, Nantes et Bordeaux, dune part, ainsi quà
dimportantes dispositions protectionnistes, qui pénalisent les marchandises
débarquées dans un port étranger, dautre part. Deux ports, Bordeaux et Le Havre,
se voient accorder un statut dautonomie en 1924.
Après la seconde guerre mondiale, au fur et à mesure
de la décolonisation et de la libéralisation du commerce international, de nouveaux
courants déchanges apparaissent, avec les Etats Unis puis avec le sud-est
asiatique, facilités par des navires spécialisés de très gros tonnage.
Pour faire face à la nécessité - prévue par le Vème
plan - déquiper les ports en conséquence, six ports français de métropole se
voient conférer un statut dautonomie en 1965. Le législateur de 1965 vise à
concentrer leffort déquipement de lEtat sur les principaux ports, à
constituer des unités de gestion autonomes et à coordonner et animer efficacement ces
établissements au niveau central. Laccroissement de lintervention de
lEtat de 50 % jusquà 60 ou 80 % des principales dépenses
dinvestissement devait se traduire par une réduction des droits de port à la
charge des usagers et donc par une amélioration de la situation concurrentielle des
ports.
Cette loi dautonomie permit effectivement une
forte croissance des investissements au cours de la période 1965-1975 (cf. graphique
en annexe n° 3). Les plus lourds de ces investissements ont été consacrés à
lextension de leur capacité et à la création de pôles industriels situés
directement en bordure des quais, comme Fos à Marseille, le port Ouest à Dunkerque, ou
encore Le Verdon à Bordeaux, décidé en 1976. Cest aussi en 1972 que commencent
les travaux du terminal pétrolier dAntifer au Havre.
Durant la décennie suivante, sous leffet de la
crise pétrolière, qui arrête la course au gigantisme des navires pétroliers, le rythme
des grands aménagements portuaires a diminué, à lexception de la création du
site de Montoir à Nantes-Saint-Nazaire en 1980.
Au cours des années quatre-vingt-dix, hormis les
apports partiels des lois de 1992 et 1994 sur la manutention et le domaine portuaires,
lEtat et les responsables politiques français ne se sont guère intéressés aux
adaptations nécessaires à une meilleure compétitivité des ports.
Le volet maritime de la politique des transports a, de
fait, rarement été une priorité économique en France, malgré un littoral
métropolitain de 4 500 kilomètres qui lui confère une vocation maritime naturelle, mais
explique aussi la multiplicité des ports qui rend nécessaire mais délicat tout
arbitrage national.
I. - LES
EVOLUTIONS RECENTES DE LACTIVITE PORTUAIRE ET LES OBJECTIFS DE LA POLITIQUE DE
LETAT
Dans le nouveau contexte de lactivité portuaire,
l'Etat na pas su définir les objectifs de sa politique. Cette situation sest
traduite, au cours des années quatre-vingt dix, par des réformes juridiques parcellaires
et des choix financiers peu efficaces.
A. -
LA nouvelle donne de lactivité portuaire
1°
Les évolutions économiques et technologiques
Depuis la loi de 1965 sur lautonomie portuaire,
les conditions de léconomie maritime ont changé, dans un contexte général
daccroissement des échanges et, à la suite des chocs pétroliers, de réduction
des ambitions industrielles inscrites dans les Vème et VIèmes plans et envisagées
notamment à Fos et Dunkerque.
Le trafic traité par les entreprises françaises de
transport maritime sest fortement réduit, du fait de leffacement des grandes
compagnies (Compagnie Générale Maritime, Delmas-Vieljeux). Il sest restreint aux
trafics « réservés » : DOM-TOM, Corse et, dans une certaine mesure,
transmanche. Entre 1980 et 1996, le tonnage transporté par la flotte française est
passé du neuvième au vingt-quatrième rang mondial. Dans ces conditions, les ports
français dépendent largement des choix effectués par les armements étrangers.
La concentration des compagnies maritimes en
méga-alliances est la principale caractéristique du transport maritime depuis les
années 1980. Il sagit en fait du deuxième temps de la « révolution du
conteneur », qui remonte quant à elle aux années 1970. Lémergence de nouveaux
armateurs asiatiques a créé un marché, en forte croissance certes, mais où la
surcapacité permanente a incité au regroupement des opérateurs.
Aujourdhui, sur les vingt premiers armements
mondiaux, dix sont asiatiques, huit européens, dont un seul français, et deux sont
américains. Ils assurent à eux seuls 45 % de la capacité mondiale de transport. Dans un
contexte de forte concurrence, les grands armements se sont lancés dans une politique de
rationalisation, de recherche déconomies déchelle sur les navires, et de
pression sur les autorités portuaires. Les conséquences sont de plusieurs ordres.
w La taille des navires sest accrue. Alors
quen 1985, les grands armements possédaient des bateaux de 3 000 conteneurs
« équivalent vingt pieds » (EVP) environ, les bâtiments actuels dits
« post-panamax » (cf. lexique) ont plus de 4 000 EVP. La cinquième génération de
porte-conteneurs correspond à des navires de 6 000 EVP.
w Des lignes « tour du monde » ont été
créées pour rationaliser les déplacements des navires, dont le coût
dimmobilisation ou de transit devient de plus en plus élevé. Elles supposent de
très fortes contraintes de qualité du service portuaire (temps, fiabilité, sécurité)
pour éviter que les temps morts se répercutent sur lensemble des escales.
w Le niveau des coûts dinvestissement dans les
navires contraint les compagnies à sallier pour partager les risques commerciaux et
maritimes, ainsi que pour rechercher des positions dominantes sur les principaux marchés,
face à des chargeurs qui eux aussi se concentrent. Lobjectif est double : il
sagit de peser tant sur les coûts portuaires que sur le taux des frets maritimes,
en garantissant lapport dun niveau significatif de trafic.
w La conséquence de ces évolutions sur les ports est
directe. Chaque alliance tend à regrouper les flux dune zone, européenne par
exemple, dans un nombre limité de ports, en réduisant les escales et en concentrant leur
logistique terrestre, de façon à accroître la compétitivité de la chaîne de
transport. Ces ports principaux sont baptisés « hubs » par référence à une pratique
déjà ancienne du trafic aérien. Les alliances y concentrent leur activité, avant que
le trafic soit ensuite éclaté par système de cabotage (feedering) dans les ports
secondaires. Chaque alliance cherche à disposer de son ou de ses hubs propres, de façon
à établir une position dominante vis-à-vis des acteurs portuaires. Cette évolution
explique lapparition de ports de transbordement tels quAlgesiras et Gioia
Tauro en Méditerranée.
w De nouveaux acteurs portuaires sont dès lors apparus
: les acteurs privés - placés traditionnellement dans les ports autonomes dans une
relation de forte dépendance de létablissement public portuaire - interviennent
davantage par des prises de participation dans linvestissement, par une gestion
effective de la manutention ou dans la gestion des zones industrielles. Les logisticiens
ont un rôle nouveau, et qui nest pas exclusivement portuaire, comme celui des
manutentionnaires « ancien style ». Les grands ports européens ont connu une
expansion très rapide de limplantation des activités de distribution : Rotterdam
propose un ensemble de plates-formes de distribution, « Distripark », de plus
de 270 hectares ; à Anvers sont implantés les groupes Katoen Natie (plus de 100 hectares
dentrepôts couverts), Hessenatie et Noord Natie. Or, par leurs décisions ou leur
refus dimplantation, ces groupes peuvent avoir un effet important sur
lactivité dun port ou sur son déclin.
w La standardisation des produits transportés accroît
et facilite la tendance à la concentration des armateurs : les marchandises diverses sont
de plus en plus conteneurisées, comme le montrent la progression des cinq grands ports du
nord-ouest européen et celle du nombre de conteneurs traités dans les ports.
Evolution de la part des conteneurs dans le trafic
cumulé
des ports de Hambourg, Brême, Anvers, Rotterdam et du Havre
| |
1980 |
1985 |
1990 |
1995 |
sur march. diverses |
40 % |
49 % |
60 % |
69 % |
sur trafic total |
8 % |
13 % |
18 % |
24 % |
Source : Evaluation socio-économique du projet « port
2000 ».
Nombre de conteneurs traités dans les mêmes ports
(en millions dEVP)
| |
1980 |
1985 |
1990 |
1995 |
Monde |
36 |
58 |
95 |
142 |
Europe |
11 |
17 |
23 |
33 |
Source : Ocean Shipping Consultant, cité dans lévaluation
socio-économique du projet « port 2000 ».
En outre, les flux maritimes ont évolué. Longtemps
dominés par les échanges entre les économies européennes et nord-américaines, les
flux - notamment conteneurisés - se dirigent surtout vers la zone Asie-Pacifique ou en
proviennent.
Le trafic des ports français doit être replacé dans
ce contexte mondial. Si Hong-Kong, Singapour et Kaohsiung (Taïwan) sont les trois
premiers ports à conteneurs au monde, le premier port européen est Rotterdam, en
quatrième position, tandis que Le Havre se situe à la trente-quatrième place mondiale
et Marseille à la soixante-cinquième.
w Il découle aussi de ces évolutions que, même
lorsque les frais descale (droits de port + pilotage + remorquage + lamanage)
dun port sont moins élevés, comme cest le cas du Havre vis-à-vis de
Rotterdam, les dépenses rapportées aux conteneurs chargés et/ou déchargés sont en
revanche deux fois supérieures au Havre, compte tenu de la faiblesse du trafic. La
fréquence des escales et limportance des chargements sont devenues un facteur
majeur de compétitivité.
2° Louverture européenne
La politique portuaire est directement concernée par la
politique de la concurrence et la politique des transports définies au niveau de
lUnion européenne. Ces deux politiques ont dailleurs fait lobjet du
« livre vert relatif aux ports et aux infrastructures maritimes » présenté par la
commission européenne en décembre 1997. La commission y « juge important de
promouvoir le secteur portuaire par un certain nombre de mesures visant à améliorer ses
performances globales. Ces actions ont notamment pour but daméliorer
lefficacité des ports, de lever les obstacles qui entravent les échanges et
dencourager lamélioration des ports et des infrastructures portuaires ».
a) La politique communautaire de concurrence
Selon la Commission européenne : « la disparition
progressive des hinterlands nationaux captifs signifie que les décisions concernant la
tarification, laménagement et le financement dun port particulier peuvent
avoir des conséquences déterminantes sur les ports voisins à léchelle nationale
et internationale. Doù lintérêt et lopportunité dune approche
mieux coordonnée de laménagement portuaire au niveau paneuropéen qui permettrait,
entre autres, de sassurer que les ports rivalisent sur des bases commerciales
saines ». (7)
Les ports français peuvent être confrontés à deux
types dinterventions de la commission. Une première intervention porte sur le rôle
des professions réglementées et des professions à privilèges, en particulier la
manutention portuaire. Une seconde concerne lencadrement des « aides
dEtat » qui, dans le domaine portuaire, proviennent aussi bien de lEtat
central que des établissements publics portuaires (ports autonomes et chambres de
commerce et dindustrie concessionnaires de ports dintérêt national) ou des
collectivités territoriales.
A cet égard, le système portuaire français est
marqué par une certaine volonté dorganisation rationnelle et de transparence ainsi
que par des pratiques administratives de bonne gestion et de contrôle, qui imposent
notamment aux gestionnaires portuaires dotés de la personnalité morale (ports autonomes,
concessionnaires de ports dintérêt national) de produire des comptes et de les
publier, tout en accueillant en leur sein des administrateurs qui sont des usagers
portuaires.
A linverse, lorganisation des ports
nord-européens confie traditionnellement la gestion des activités portuaires à une
régie municipale (cf. encadré ci-dessous sur les régimes dadministration des
ports en Europe). Sans comptes annuels publiés indépendamment de ceux de la commune,
gérée uniquement par les élus locaux, la régie constitue une forme de gestion
particulièrement opaque, qui ne permet que difficilement didentifier les aides
publiques en matière portuaire. Cette situation place donc les ports français dans une
position plus exposée puisque plus transparente.
Sagissant des ports français, les principaux
risques de concurrence déloyale sont doubles.
Ils affectent, dune part, les relations
commerciales avec les opérateurs portuaires, par le biais des décisions tarifaires. Les
distorsions peuvent concerner les droits de port, lorsque des ristournes bénéficient à
certains opérateurs plus quà dautres, les tarifs doutillage
lorsquils privilégient certains manutentionnaires, ainsi que les conditions
dutilisation des installations portuaires, voire laccès à celles-ci. Ainsi,
Irish Ferries, qui souhaitait implanter à Roscoff une desserte transmanche, navait
pu trouver un accord avec la chambre de commerce et dindustrie de Morlaix,
concessionnaire du port de Roscoff et actionnaire minoritaire (à hauteur de 5,74 %) de la
société Bretagne-Angleterre-Irlande (dénommée « BAI » ou « Britanny
Ferries »), représentant 70 % du trafic et 80 % des recettes du port en
1996. Devant cette situation, Irish Ferries décida de porter le contentieux devant la
Commission européenne. Celle-ci a estimé que la chambre de commerce avait abusé de sa
position dominante dopérateur du port de Roscoff puisquelle avait refusé
dautoriser laccès aux installations de ce port. Néanmoins, par la suite, un
accord a été trouvé en mai 1995 entre la chambre de commerce et la compagnie, cette
dernière ayant accepté de signer un contrat dengagement sur cinq ans,
dapporter une garantie de recettes, de lever les poursuites et de prendre en charge
certains travaux.
Les risques existent, dautre part, lorsque des
acteurs publics prennent en charge des investissements destinés à des opérateurs
privés. Cette pratique peut être considérée comme une distorsion de concurrence avec
des opérateurs portuaires dautres zones européennes.
En fait, comme lexpose le livre vert de la
Commission européenne, « par le passé, les ports étaient plutôt considérés
comme des lieux privilégiés déchanges et des pôles de croissance pour le
développement régional et national, et donc comme des prestataires de services
dintérêt économique régional qui devaient être fournis par le secteur public et
essentiellement financés par les contribuables. Aujourdhui la tendance est, de plus
en plus, de considérer les ports comme des entités commerciales qui doivent récupérer
leurs coûts auprès des usagers bénéficiant directement de leurs
infrastructures. »
Limpact des différences de statuts juridiques
entre ports européens devrait faire lobjet dun examen approfondi de la part
des institutions de lUnion européenne, au moins autant que dautres types de
distorsion plus directement économiques.
Comparaison des régimes dadministration des
ports maritimes en Europe (8)
Allemagne
La plupart des ports sont gérés par les Länder
(Hambourg et Brême) et/ou par les communes (Lübeck, Kiel).
Belgique
Jusquici, les ports dAnvers, Gand et
Ostende faisaient partie du patrimoine municipal et étaient gérés par les communes. Le
port dAnvers était géré par une régie portuaire, dotée de la personnalité
juridique. La régie communale gérant le port de Gand était en revanche dépourvue de la
personnalité morale, mais autonome sur le plan comptable. Le port de Zeebrugge appartient
à lEtat, mais son exploitation est concédée à une société de droit privée
contrôlée par les pouvoirs publics, la MBZ. Elle était détenue à hauteur de 65 % par
la région flamande (qui a remplacé lEtat à la suite du processus de
régionalisation) et à hauteur de 31 % par la commune de Bruges. Une réforme de février
1999 confie désormais la gestion de ces quatre ports à une entreprise portuaire
communale autonome dotée de la personnalité juridique.
Espagne
LEtat a une compétence exclusive sur les
ports dintérêt général. Ces « ports de lEtat » sont gérés
par des établissements publics dotés de la personnalité morale et de ressources
propres, eux-mêmes placés sous le contrôle dun établissement public national,
« Puertos del Estado ».
Italie
Les ports de lEtat sont également gérés par
des établissements publics dotés de la personnalité morale et de lautonomie
financière. Les opérations portuaires sont en revanche transférées à des entreprises
privées concessionnaires.
Pays-Bas
Les ports sont gérés par les communes, soit
directement, soit par un organisme municipal dépourvu de la personnalité juridique (cas
de Rotterdam et dAmsterdam). Les comptes de ce dernier sont cependant séparés de
ceux de la commune. Létablissement municipal loue les infrastructures à des
compagnies privées par des contrats de longue durée.
Royaume Uni
Certains ports, généralement petits (à
lexception de Portsmouth), sont détenus par les autorités locales. Une centaine de
ports sont gérés, pour le compte de la collectivité locale propriétaire, par des
conseils autonomes. Enfin, dautres ports sont des ports privés, principalement
détenus par Associated british Ports (ABP). Six dentre eux étaient gérés par des
conseils autonomes, avant dêtre privatisés par le Ports Act de 1991.
b) La politique européenne des transports
La politique européenne des transports privilégie la
définition de grands corridors de fret, utilisant en particulier le fer et la voie
deau, et desservant des ports considérés comme stratégiques à léchelle de
lUnion. Cette politique est notamment encouragée par des Etats comme la Belgique,
les Pays-Bas et lAllemagne, qui y sont directement intéressés.
Deux projets particuliers sont en cours. Il sagit
de la ligne ferroviaire spécialisée dans le fret, la « Betuwe », entre Rotterdam et la
Ruhr, et de la ligne ferroviaire « Rhin dacier », entre la Ruhr et
Anvers/Zeebrugge. Ces projets, considérés comme denvergure européenne et
financés à ce titre, prolongent les politiques de desserte mises en uvre par les
principaux ports de lEurope du Nord-Ouest. Ces dernières consistent à organiser
des trains-blocs de conteneurs, gérés par des sociétés privées subventionnées par
les pouvoirs publics, qui desservent notamment Rotterdam à partir des principales villes
européennes, y compris celles qui appartiennent traditionnellement à lhinterland
dun autre port : cest le cas de Prague pour Hambourg, de Turin pour Gênes, ou
de Lyon pour Marseille.
Les projets européens de corridors de fret ne font
quamplifier un mouvement déjà en cours : la massification des transports,
notamment ferroviaires, oriente les trafics vers les ports qui disposent déjà dune
bonne infrastructure daccès. A linverse, les ports français, qui ne sont pas
pris en compte dans les projets de corridors européens, sont gênés par les difficultés
de contournement de la région parisienne, ainsi que par labsence de chaînes
logistiques efficaces et peu coûteuses.
De ce point de vue, la politique des transports, en
France, a suivi le mouvement du trafic vers le nord : lautoroute du nord, qui
dessert Anvers et Rotterdam, a ainsi été achevée bien avant celle qui dessert Le Havre
; la SNCF a mis en place des trains-blocs en direction de la Belgique, répondant en cela
à la demande des transporteurs français, alors que le trafic ne suffisait pas à
justifier un même service vers Le Havre et Marseille. Dans ces deux ports, seule
linitiative des établissements portuaires a pu compenser labsence des autres
opérateurs publics ou des logisticiens privés.
(7) Source : livre vert relatif aux ports et aux infrastructures maritimes.
(8) Source : Etude de
législation comparée, service des affaires européennes du Sénat, 8 janvier 1998.
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