LA POLITIQUE
PORTUAIRE FRANCAISE
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3° Limpact sur les ports français
Ce nouveau contexte de lactivité portuaire a
conduit à des changements structurels dans le classement des ports français et dans
lexercice de leurs missions.
Lorganisation statutaire actuelle des ports ne
correspond plus aux réalités économiques : la hiérarchie des ports, telle quelle
résulte de leur activité, na plus vraiment de rapport avec le classement
résultant de leurs différents statuts de ports autonome ou dintérêt national. La
dispersion des moyens de lEtat, qui découle de cette hiérarchisation inadaptée
entre les ports français, est dautant plus préoccupante que les grands ports
français ont perdu des parts de marché au regard de leurs concurrents étrangers au
cours des années quatre-vingt dix.
a) Le décalage sest accru entre les ports
français et européens
Analyse comparée du trafic total
Le trafic total des ports français est composé de
50 % de vracs liquides (dont 94 % sont des produits pétroliers), de 23 % de
vracs solides et de 27 % de marchandises diverses, dont 7 % de conteneurs. Le
trafic passagers en 1997 sélève pour sa part à 32,3 millions de passagers.
Lanalyse du trafic total des ports français et
européens (graphique n° 1), montre que le retard de croissance des ports français
sest accru au cours de la période 1990-1994, marquée par la lenteur et les
difficultés de la réforme de la manutention portuaire. Alors que, sur la période
1991-1997, le trafic total a augmenté de 5,3 % à Gênes, de 6,3 % à Rotterdam, de
10,4 % à Anvers, de 17 % à Hambourg ou de 28 % à Tarragone, la croissance du
trafic global des ports autonomes métropolitains na été que de 0,24 %.
Cette moyenne recouvre en fait des évolutions
différentes, soit une baisse de trafic de - 3,5 % de 1991 à 1994 et une hausse de 3,9 %
de 1994 à 1997. Certes, ce dernier chiffre, dû à une conjoncture favorable en 1996 et
1997, est supérieur à celui enregistré à Anvers (2,2 %), Gênes (0,05 %) ou
Zeebrugge (-1,4 %). Mais il est inférieur à celui observé dans dautres ports
européens sur la même période : 5,5 % à Rotterdam, 12,2 % à Hambourg ou 31 % à
Tarragone.
Le regain dactivité enregistré dans plusieurs
ports depuis 1997 nest pas encore de nature à rattraper ce retard de croissance
cumulée.
Analyse comparée du trafic de marchandises diverses et
du trafic conteneurisé
Les graphiques n° 2 et 3 permettent de comparer ces
types de trafic des ports autonomes métropolitains, en valeur absolue et en croissance,
au trafic traité par dautres ports européens.
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Le trafic de marchandises diverses de lensemble
des ports autonomes métropolitains a augmenté de 3,7 % en moyenne de 1991 à 1997,
tandis quil a crû de 31 % à Rotterdam, 24 % à Anvers, 33 % à Hambourg, 42 % à
Zeebrugge et 141 % à Gênes. La croissance est particulièrement faible (0,3 %) sur la
période 1994-1997. Mais ce taux est principalement dû à leffondrement du trafic
transmanche de Dunkerque qui explique une chute de 60 % du trafic de marchandises diverses
(de 4,8 Mt). En revanche, les taux de croissance observés à Marseille (19,5 %), au
Havre ( 20 %) et à Nantes-Saint-Nazaire (24 %) sont légèrement supérieurs à ceux de
Rotterdam (13 %), Anvers (13,5 %) ou Hambourg (14 %).
Le trafic de marchandises diverses conteneurisées suit
les mêmes évolutions : pour les ports autonomes métropolitains, il a crû de 32,7 % sur
1994-1997 après avoir diminué de 3,6 % sur 1991-1994. La croissance des principaux ports
européens au cours de la période 1994-1997 sest élevée à 16,4 % à Rotterdam,
37,4 % à Anvers et 22,5 % à Hambourg.
Le retard de croissance du trafic conteneurisé des
ports autonomes métropolitains sur 1991-1997 est toutefois net : de 1991 à 1997, il
na crû que de 28 % (+ 4,5 Mt), contre 45 % à Rotterdam (+ 18 Mt), 79 % à
Anvers (+ 15 Mt), 60 % à Hambourg (+ 13 Mt), 101 % à Zeebrugge (+ 4 Mt) et 227
% à Gênes (+ 7,5 Mt). Les graphiques n° 4 et n° 5 permettent aussi de
comparer la part du trafic mondial de conteneurs traitée par les ports français à celle
des premiers ports mondiaux et européens de conteneurs, où seul Le Havre émerge.
Ce décalage de croissance des trafics conteneurisés
est dautant plus préoccupant que ce segment dactivité est appelé à
connaître une progression continue au cours des prochaines années. Des prévisions ont
été réalisées par les bureaux détudes spécialistes des transports maritimes de
conteneurs, Ocean Shipping Consultants et Drewry Shipping Consultants entre 1993 et 1996.
Elles retenaient ainsi des taux moyens annuels daugmentation de 5 à 6,6 % dans les
ports dEurope de lOuest.
En outre, les marchandises diverses, qui sont des
marchandises conditionnées de valeur plus élevée que les vracs liquides et solides,
peuvent créer davantage de valeur ajoutée locale lorsque certaines opérations de
distribution sont faites sur place. Lenjeu économique de leur captation est donc
plus important.
Les parts de marché des ports français et étrangers
pour le commerce extérieur de la France
Une analyse des statistiques douanières de 1991, dont
les ordres de grandeur seraient aujourdhui les mêmes, permet dévaluer les
parts de marché des ports français et étrangers pour le commerce extérieur de la
France. Il en ressort quenviron 16 % du trafic maritime des régions françaises -
hors pétrole brut, dont limportation se fait presque exclusivement par les ports
français - sont traités par les ports belges (11 %), néerlandais (4 %) et allemands (1
%). Ce pourcentage atteint 16 % du trafic maritime de la région Midi-Pyrénées, 18 % en
région Nord, 19 % en Ile de France, 19 % en Rhône-Alpes, en Limousin et en Auvergne, 38
% en région Centre, 42 % en Bourgogne, 44 % en Franche-Comté, 54 % en Picardie, 68 % en
Lorraine et 71 % en Alsace et en Champagne-Ardenne. En revanche, il atteint 4 % en
Basse Normandie, 3 % en Aquitaine, 2 % en Haute Normandie, en Bretagne et en Languedoc, et
1 % en Pays de la Loire et Poitou Charente. Ces chiffres sont néanmoins anciens, et
il est regrettable que, depuis la suppression des frontières intérieures du marché
unique en 1993, lEtat ne dispose plus de ce type de données statistiques.
b) Le décalage saccroît entre les ports français
Les catégories des ports autonomes, dont la liste a
été fixée en 1965, et des ports dintérêt national, déterminés en 1983, ne
correspondent plus aujourdhui à la situation de léconomie portuaire. Il
ny a pas dadéquation entre limportance des ports, mesurée en termes
dactivité ou de filière, et le classement découlant de leur statut.
Les ports dintérêt national représentent
environ 20 % du trafic national, mais plus du tiers du trafic non pétrolier et plus de
50 % du trafic de marchandises diverses (58 % en 1997 contre 46 % en 1990). Leur
disparité interne est importante : il y a peu de points communs entre le port de
Concarneau (50 506 tonnes en 1997), de Toulon (447 161 tonnes) ou de Dieppe (1,7 Mt)
et celui de Calais. Le port de Calais traite en effet un trafic de 35,6 Mt, constitué à
96 % dun trafic roulier transmanche de marchandises diverses, et se situe au
quatrième rang des ports français derrière Marseille (94,3 Mt), Le Havre (56,7 Mt) et
Dunkerque (36,5 Mt), mais devant Nantes - Saint Nazaire (26,1 Mt) et Rouen (20 Mt).
Inversement, le trafic des ports autonomes de Bordeaux
(8,4 Mt en 1997) et de la Guadeloupe (2,8 Mt) ne paraît pas justifier leur statut de
port autonome. Il se rapproche plus des trafics des ports dintérêt national, tels
que La Rochelle (6,5 Mt) et Bayonne (4,5 Mt).
Certains ports dits dintérêt national nont
en réalité quun intérêt régional, dans la mesure où ils traitent exclusivement
des trafics régionaux, à lexclusion de tout trafic lié au commerce international.
Aujourdhui bien plus encore quen 1965, peu
de ports sont en mesure de répondre aux exigences des opérateurs du commerce mondial.
Une hiérarchisation nette sopère donc entre les ports en mesure de traiter une
part de ce commerce mondial - en France, Le Havre et Marseille - et les ports ne pouvant
justifier le débarquement des plus gros porte-conteneurs.
La comparaison du nombre de conteneurs traités par les
ports européens et mondiaux entre 1991 et 1997 (cf. graphiques n° 3, n° 4 et n° 5)
montre que seuls Le Havre et Marseille peuvent prétendre conserver une part significative
du marché des conteneurs. Ils représentent, de manière constante au cours des années
quatre-vingt dix, les trois quarts du trafic conteneurisé traité par les ports
français.
Alors que la direction du transport maritime, des ports
et du littoral entend sappuyer, pour mieux sélectionner ses investissements et
apprécier la vocation des différentes places portuaires, sur lanalyse de
lévolution des filières de produits, la différenciation entre ports autonomes et
dintérêt national ne reflète pas une hiérarchie des ports qui résulterait de
cette notion de filière. Dans ses travaux de 1996 en vue de lélaboration dun
schéma daménagement des ports maritimes, deux vocations portuaires étaient
dailleurs ainsi distinguées : celle des ports « généralistes »,
« dont relèvent les ports autonomes maritimes mais aussi des ports dintérêt
national », et celle des ports « spécialistes ».
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c) Les missions portuaires sont de plus en plus
contradictoires
Dans un contexte de forte concurrence et de croissance
du rôle des collectivités territoriales, les ports sont conduits à exercer des missions
qui ne leur étaient pas confiées initialement.
Missions de service public et activités à caractère
privé
Les ports autonomes « assurent, concurremment, une
mission de service public à caractère administratif, en ce qui concerne notamment
laménagement, lentretien et la police des aménagements et accès du port, et
une activité de nature industrielle et commerciale, en ce qui concerne en particulier
lexploitation des outillages du port ».
Parmi ses missions de service public administratif,
létablissement gère la police portuaire, la sécurité, le balisage,
lorganisation du service de la manutention, et exécute, pour le compte de
lEtat, des travaux généraux sur les infrastructures maritimes, tels que
lentretien des accès maritimes et dragages, des opérations de modernisation des
bassins et accès ainsi que des travaux dinfrastructure et de radoub ne relevant pas
des catégories précédentes.
Parmi ses missions de service public à caractère
industriel et commercial, létablissement met à disposition loutillage,
construit et entretient des bâtiments, fournit des services aux utilisateurs du port
(gardiennage, approvisionnements) et encadre les fonctions portuaires dintérêt
général telles que le pilotage, le remorquage et le lamanage, assurées par des tiers.
Il est dès lors en relation constante avec les différents usagers : pilotes et
lamaneurs, manutentionnaires, transitaires, armateurs.
A ce titre, les ports ne peuvent plus se contenter de
mettre à disposition leurs installations et se considèrent davantage responsables de la
rentabilisation de celles-ci. Cette évolution pose deux problèmes : dune part, un
problème de principe, car les ports sorientent vers la recherche de trafics, sans
être suffisamment outillés pour cela et au risque de supporter les responsabilités qui
incombent aux opérateurs privés ; dautre part, un problème de financement,
les ports opérant, par le biais des droits de port, de larges compensations tarifaires
entre secteurs dactivité. Or cette compensation nest pas justifiée dès lors
que la mission de prise en charge des investissements et de lactivité
dexploitation des outillages est ou pourrait être remplie par des opérateurs
privés.
Tel est le cas, pour le port autonome de Marseille du
secteur sinistré de la réparation navale dont lactivité nest pas
indispensable à celle du port. Les difficultés structurelles de ce secteur en rendent la
viabilité douteuse : faible volume des affaires, compétitivité insuffisante, situation
financière précaire. Or le port autonome enregistre depuis de nombreuses années pour
cette branche un déficit direct - hors frais généraux - récurrent, de 40 MF en 1997,
dû non seulement à une restructuration insuffisante des effectifs et de
lorganisation du travail du service de la réparation navale mais aussi au surcoût
lié au type de service proposé par le port autonome. En effet, outre la réparation à
flot, ce dernier a souhaité assurer un service totalement indépendant des entreprises de
réparation navale pour la gestion des cales sèches et la mise à sec des navires. Mais
ce service est particulièrement déficitaire car son taux dutilisation des formes
de radoub nest que de 20 %. Aujourdhui, le plan dentreprise du port
autonome prévoit de redéfinir ces missions et obligations à légard des
entreprises de réparation. Il importe, en effet, que lactivité de réparation
navale soit équilibrée à lavenir, ce qui suppose que lexploitation et les
investissements relatifs aux formes de radoub, qui appartiennent au port autonome, soit
plus largement supportés par les entreprises.
Missions dinfrastructure pour le transport
maritime et autres missions dintérêt public en matière daménagement du
territoire et de développement urbain
Outre la mise à disposition dinfrastructures pour
le trafic maritime, les ports autonomes ont pour mission, en application de la loi de
1965, daménager et de promouvoir les espaces industriels et portuaires.
Lobjectif initial était de permettre aux ports de bénéficier des recettes
nécessaires à léquilibre de leur budget. Or cette activité de promotion
industrielle mobilise de plus en plus les ports, au point quil est légitime de
sinterroger sur la part quil convient de réserver à cette vocation
daménageur foncier, qui ne doit pas être mise en oeuvre au détriment de
lactivité portuaire. Le risque est en effet que, comme à Dunkerque, le port attire
des entreprises dont le trafic portuaire est quasi nul, alors quau contraire
lenjeu est de parvenir à recentrer le développement des zones industrielles
portuaires sur les activités de commerce maritime.
Il est normal que les ports constituent des éléments
dune politique de valorisation économique des régions. Ces apports économiques
des zones portuaires sont dailleurs estimés, par quelques rares études réalisées
pour les ports. Ils sont généralement mesurés par la valeur ajoutée et les emplois
directement ou indirectement créés par lactivité portuaire : 15 milliards de
francs et 20 800 emplois à Dunkerque en 1990, 6,8 milliards de francs et 23 300
emplois à Rouen en 1988, 8,1 milliards de francs et 15 000 emplois à
Nantes-Saint-Nazaire en 1988, 14 milliards de francs (en 1988) et 35 500 emplois (en 1995)
au Havre. (10)
Mais le risque existe que les collectivités
territoriales considèrent exclusivement les ports comme un outil daménagement du
territoire, ce qui nest pas leur but premier. Ainsi, des ports assurent parfois la
maîtrise douvrage daménagements urbains qui ne sont pas de leur compétence,
au motif que leur domaine se trouve pour partie en zone urbaine. Au Havre,
laménagement du site Manche-citadelle a conduit à engager un programme quinquennal
daménagement de 235 MF, qui comportait notamment un volet daménagements
urbains et paysagers, cofinancé par les collectivités locales et le FEDER. Les limites
de la collaboration, nécessaire, des ports avec les aménageurs urbains devraient être
mieux définies par les ports et leurs tutelles.
Enfin, en labsence dautres acteurs
portuaires suffisamment forts, le port autonome se retrouve de facto dans un rôle
dunique animateur ou presque de sa place portuaire, exerçant des missions qui
échappent à sa spécialité détablissement public, notamment par le biais de sa
politique commerciale ou de communication. Ainsi, la politique commerciale des ports
autonomes manque parfois de fondement réglementaire solide : le code des ports maritimes
(11) peut être interprété au sens strict comme donnant au port la seule mission de
fournir une infrastructure doutillage, sans se préoccuper du trafic traité.
Le Conseil dEtat a, certes, fixé des limites
souples au principe de spécialité des établissements publics : un EPIC peut se livrer
à dautres activités économiques que celles définies dans sa mission à la double
condition que ces activités soient le complément normal de la mission statutaire
principale et quelles soient à la fois dintérêt général et directement
utiles à létablissement.(12) Dans ce cadre, il appartient toutefois à la tutelle
de suivre et contrôler davantage les initiatives des établissements, par le moyen des
plans de développement pluriannuels, et surtout par celui dune participation
efficace au conseil dadministration.
Recommandations
- susciter, dans le cadre de lUnion européenne,
un examen approfondi de limpact des différences de statuts juridiques entre ports
européens en matière de concurrence ;
- actualiser le code des ports maritimes de façon à établir une distinction claire
entre les missions administratives et les missions commerciales revenant aux ports, ainsi
quentre les missions relevant des ports et celles relevant du secteur privé ;
redéfinir des règles tarifaires en conséquence ;
- exercer une tutelle plus vigilante sur les missions échappant à la spécialité de
létablissement public ; mieux définir les limites des interventions des ports en
matière daménagement et préciser notamment les modalités de la collaboration,
nécessaire, des ports avec les aménageurs urbains.
(9) Conseil dEtat, 26 juillet 1982, Ministre du budget c/ Etablissement
public " Port autonome de Bordeaux ".
(10) Ces données datent de 1991
pour le port autonome de Nantes (étude de la faculté des sciences économiques), de 1992
pour les ports autonomes de Dunkerque (étude de luniversité de sciences et
techniques de Lille-Flandres-Artois) et de Rouen (étude du cabinet Braxton associés), et
de 1992 et 1997 pour le port autonome du Havre (études de la direction régionale de
lINSEE).
(11) Article L. 111-2 :
" le port autonome est chargé (...) des travaux dextension,
damélioration, de renouvellement et de reconstruction, ainsi que de
lexploitation, de lentretien et de la police (...) du port et de ses
dépendances ".
(12) Avis de la section des travaux publics, 7 juillet 1994, EDF/GDF.
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tel.: 010.2462122, fax: 010.2516768, e-mail
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